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collection sonore

Sur l’expressionnisme
Berlin années vingt

Conférence au CAPC en 1983
Jean-Michel Palmier
préface de Lionel Richard
introduction de Florent Perrier
coédition INHA (institut national d’Histoire de l’art)

À la veille de la Première Guerre mondiale, le mouvement d’avant-garde appelé en Allemagne “expressionnisme” a donné lieu à beaucoup de malentendus. La conférence donnée par Jean-Michel Palmier* le 3 mars 1983 au CAPC de Bordeaux, sur le Berlin des années vingt, est à inscrire dans le fil des interventions qui ont largement contribué à les dissiper. Il compte, sans conteste, parmi les rares historiens d’art qui ont bouleversé l’image de l’expressionnisme en France.
Le discours et la voix de Jean-Michel Palmier ont aussi, restitués ici, l’immense qualité d’accompagner le lecteur-auditeur à être le témoin de son éveil sensible à la beauté comme à la révolte de l’expressionnisme.
* Jean-Michel Palmier (1944-1998), professeur d’Esthétique à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), était spécialiste de l’Allemagne des années ving-trente.
Florent Perrier.

3 CD-Audio, 183 mn + livre : 112 p.
format : 16 x 17 cm
ISBN 978-2-915232-64-6 / 25 euros.

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L’enregistrement de la conférence de Jean-Michel Palmier sur l’expressionnisme allemand est sans doute la seule trace de son intervention au CAPC de Bordeaux, le 3 mars 1983.

Ni ses archives, déposées à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), ni les archives du musée d’Art contemporain de Bordeaux ne recèlent, de documents préparatoires […] à cette communication.

Jean-Michel Palmier avait en effet coutume de parler sans notes, généralement debout, déambulant dans l’espace qui lui était offert, allumant ici et là, au fil de ses développements, de nombreuses cigarettes.

Que cette aisance apparente pour l’oralité masque en réalité un travail acharné (il suffit de rappeler que pour cette seule intervention, Jean-Michel Palmier évoque nommément près de 200 artistes, ouvrant à chaque fois une fenêtre sur leur univers), elle ne relevait pas moins d’une inclination privilégiée pour l’échange comme pour le partage : pour la circulation des idées et des œuvres. […]

[…] Les mots “Expressionnisme” et “expressionniste” […] surgissent par le biais d’une exposition en 1911, de la Sécession berlinoise. […] Elle présente, parmi ses invités, un groupe de nouveaux peintres français. Dans une salle particulière sont réunis des tableaux de Georges Braque, André Derain, Raoul Dufy, Pablo Picasso, Maurice Vlaminck. À l’entrée de cette salle, et dans le catalogue, […] ils sont répertoriés comme « Expressionnistes ».
[…] De simple étiquette, le concept s’étoffe, la notion se précise. […] Cette dénomination […] a pour base la révolte d’une partie de la jeunesse intellectuelle. Le déphasage entre la modernisation technique et un ordre social inchangé, soumis à des survivances féodales, a généré une crise des valeurs. Qu’est-ce que la sensibilité nouvelle ? Un peu tout ce qui pousse sur ce terreau. La représente le groupe Die Brücke (Le Pont), fondé en 1905 à Dresde […]. Comme la représentera, en 1912, Der Blaue Reiter,
(Le Cavalier bleu), autre groupe, né à Munich […].
[C’est aussi] le refus « d’un ordre communautaire pétrifié, d’usages bourgeois et conventionnels » [qui] est à l’origine de la protestation esthétique. L’aspiration à une “transformation”, à un Homme Nouveau, devient primordiale. La destruction de l’ordre impérial appelle son antithèse, une reconstruction et une régénération.
La “révolution” qui s’accomplit, c’est que l’art, dans ses multiples formes d’expression, n’a plus à copier le réel, à l’imiter, mais à engendrer un autre réel, émanant de la libération de l’individu, de son Moi. Cette exigence d’émancipation ébranle toutes les disciplines artistiques, de la peinture à la littérature, au théâtre, à la musique, à l’architecture, au cinéma, et provoque la dislocation des codes propres à chacune. […]
Lionel Richard (extrait de la préface)